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Hôpitaux sous l’Ancien Régime. Implantation et spécificité de l’organisation spatiale

  • GHMSS
  • 8 déc. 2025
  • 4 min de lecture

Camille Holvoet , historienne (25/10/2025)


Sous l’Ancien Régime, les structures de soin sont multiples : léproseries, hôpitaux, infirmeries monastiques, hospices, etc. Les vocables varient selon les époques et les contextes. La conférence vise à préciser leur origine, leur implantation et leur architecture, en particulier la salle des malades, en s’appuyant sur la littérature scientifique et l’exemple de l’hôpital Notre-Dame de Lessines.


Hôpital Notre-Dame à la Rose - Lessines (Photo de Franz Philippart)
Hôpital Notre-Dame à la Rose - Lessines (Photo de Franz Philippart)

 

  1. Les premières fondations hospitalières (VIe-XIe siècles)


Après la chute de l’Empire romain, l’Eglise dévient la principale structure stable. La situation sociale et sanitaire l’invite alors à mettre en place des structures d’aide et d’accueil des plus démunis en difficulté. :

  • Les xenodochia, appelés aussi domus dei, apparaissent dans les cités épiscopales, fondés par les évêques ou les rois pour accueillir pauvres et malades, souvent de la cité.

  • Les hospitalia se développent le long des routes et accueillent pèlerins et pauvres passants

  • Les monastères, notamment bénédictins, accueillent pèlerins et malades, soignés par les moines, grâce aux plantes médicinales et aux manuscrits médicaux de la bibliothèque des monastères


  1. La floraison hospitalière (XIIe-XIIIe siècles)


La multiplication des institutions hospitalières s’explique par différents facteurs : croissance démographique, insécurité alimentaire, multiplication des déplacements et « révolution de la charité ». En effet, les laïcs et les religieux fondent de nombreux hôpitaux, motivés par le salut de leur âme. Parallèlement, la peur de la lèpre entraîne la création de structures spécifiques.


Les léproseries : lieux d’exclusion

Les maladreries ou hostelleries des ladres accueillent les lépreux, considérés comme spirituellement souillés.

  • Placées hors des villes, le long des routes et à l’écart des vents dominants

  • Organisation autour d’une église, d’un cimetière et de bâtiments agricoles

  • Certaines, rurales, étaient temporaires

A partir du XVe siècle, la lèpre régressant, beaucoup deviennent des hospices ou des couvents, d’autres disparaissent.


Les hôpitaux médiévaux (XIIe-XVe siècles)

Les hôpitaux accueillent pauvres, pèlerins et malades.

  • Souvent situés en ville, à proximité d’une porte ou d’un axe de circulation, parfois à l’origine d’un faubourg

  • Fondés par des ecclésiastiques, mais aussi par des laïcs, confréries ou autorités urbaines

  • Les communautés religieuses, d’abord mixtes puis souvent féminines dès le XVe siècle, en assurent la gestion.

Les traces médiévales subsistent dans quelques édifices en Belgique comme Saint-Jean de Bruges ou la Bijloke à Gand. En France, les édifices les plus remarquables sont Angers, Tonnerre et Beaune.


Les transformations des Temps Modernes (XVIe-XVIIIe siècles)

Si les institutions ne disparaissent pas tout simplement à cause de leur situation financière compliquée, elles se reconstruisent, s’agrandissent ou changent de fonction.

De nouvelles catégories d’hôpitaux apparaissent :

  • En France et en Angleterre, au XVIIe siècle, les hôpitaux généraux (ou charités) et workhouses enferment les pauvres considérés comme oisifs et à rééduquer par le travail. Dans nos régions, la criminalisation de la pauvreté existe également. Les « bons pauvres » doivent être distingués des « mauvais pauvres » qui doivent être exclus des hôpitaux (ex. Statuts de Lessines en 1567). Il n’y a donc pas de politique d’enfermement systématique des pauvres comme ailleurs.

  • Apparaissent aussi les hôpitaux militaires, notamment en France. L’exemple le plus célèbre est le Val de Grâce parisien.


  1. L’architecture hospitalière


Les hôpitaux visent l’autonomie : fermes, potager, vergers, brasseries, laverie et sont régulièrement situés près d’un cours d’eau. Il n’y a pas de plan spécifique aux hôpitaux. Leur plan s’inspire souvent de celui des abbayes : cloître, salle capitulaire, cuisine, dortoirs séparés pour les religieux et religieuses (dans le cadre d’une communauté mixte). Un modèle architectural nouveau - le plan en croix grecque avec la chapelle au centre de plusieurs salles des malades - naît à Florence à la fin du XVe siècle, mais n’est pas adopté dans nos régions.


La salle des malades, coeur du dispositif, jouxte généralement la chapelle, soulignant l’union des soins du corps et de l’âme. Les deux salles peuvent être parallèles (Bruges) ou dans l’alignement l’une de l’autre (Tonnerre). Aux Temps Modernes, une cloison peut séparer la chapelle de la salle des malades, mais les malades doivent toujours pouvoir assister à la messe, ne fut-ce qu’en entendant l’office.

 


Hôpital Notre-Dame à la Rose - Salle des malades (Photo de Franz Philippart)
Hôpital Notre-Dame à la Rose - Salle des malades (Photo de Franz Philippart)

La médicalisation des structures hospitalières est un courant important qui va toucher pratiquement l’ensemble des établissements à partir du XVIe, mais surtout du XVIIe siècle. L’apparition de médecins et chirurgiens qui consultent régulièrement va générer de nouveaux besoins : l’installation d’une salle de pharmacie. La plupart des structures s’en dotent au plus tard au début du XVIIIe siècle.


L’évolution de la salle des malades

  • Salle rectangulaire, orientée est-ouest, proche de la chapelle

  • Lits pour un ou deux malades, parfois trois

  • Grandes salles aérées, hautes et lumineuses, pour limiter les « miasmes »

  • Séparation progressive des sexes (Concile de Trente)

  • Parfois, espaces dédiés : salle pour mourants, contagieux ou hôtes payants.


  1. Conclusion


A la fin de l’Ancien Régime, les hôpitaux ont une capacité d’accueil insuffisante et sont inadaptés tant aux besoins de la population qu’aux avancées médicales et hygiénistes qui se profilent au XIXe siècle. La révolution scientifique et la naissance de la médecine moderne transformeront radicalement leur fonction et leur architecture à l’époque contemporaine. Cela entraînera la disparition de la plupart des structures hospitalières d’Ancien Régime en élévation dans nos régions.

 
 
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